Les années 80-2000

Les motifs s’allègent et s’épurent vers le début des années 1980. Des tensions et des équilibres de formes et de couleurs se mettent en place. Ils seront par la suite les éléments essentiels recherchés par le peintre. Sur un vaste à-plat de couleur, des tuyaux s’entremêlent au centre du tableau. Les tons sont souvent bleus, barrés d’une couleur complémentaire. Après le trouble des tuyaux, Lisken s’intéresse aux tensions plus pures des « nœuds et ligatures » qui deviennent un thème récurrent jusqu’au début des années 1990. « D’abord études de structure d’œuvres peintes, ces liens trouvent leur autonomie en oubliant leur rôle futur ; et l’énergie du fil tendu sur son axe passe dans le bel et mystérieux invisible » (G. Lisken, 20 avril 1982, catalogue de l’exposition Nœuds et ligatures, rue Berryer, Paris 8e).

Entre 1986 et 1991, Lisken travaille sur toile et également sur papier. Il produit des centaines de dessins à l’huile ou à la gouache peinte et soufflée sur des pochoirs de formes géométriques. Le thème des nœuds sur le point de se rompre est repris et détourné vers celui de la déchirure, des spirales apparaissent qui compteront parmi les formes privilégiées de la période suivante. Sa gamme chromatique se renouvelle, guidée par la palette d’un Jean Bazaine, d’un Alfred Manessier ou  d’un Jean Le Moal.

Avec les coupures noires qui hachent la toile à la fin de sa vie, il rejoint dans une certaine mesure la peinture spatialiste de Lucio Fontana. Gilbert Lisken devient parallèlement un spécialiste reconnu dans le monde entomologique d’une espèce de coléoptères particulièrement colorée, les buprestes (collection Liskenne conservée au musée des Confluences à Lyon). Leurs teintes irisées, les stries régulières sur les élytres, le foisonnement des formes de la nature ont contribué à faire évoluer le regard du peintre, ses sources d’inspiration et ses choix esthétiques. La fantaisie de la création qu’il observe sous la binoculaire au cours de ses déterminations d’insectes se retrouve dans ses toiles.


Quelques éclairages sur les personnalités citées, en lien avec Lisken :

Jean Bazaine (1904-2001) : après s’être formé à l’académie Jullian et auprès du sculpteur Paul Landowski, il commence à peindre en 1924. Avec Maurice Estève, il entre en 1942 à la galerie Louis Carré qui expose également Charles Lapicque et son ami Jacques Villon. C’est une figure majeure de la Nouvelle école de Paris. Des expositions rétrospectives de son œuvre sont organisées dès 1958 en Europe, au musée national d’Art moderne en 1965. En 1976 il fonde avec Alfred Manessier, dont il est très proche, l’association pour la défense des vitraux de France. Son style passe progressivement de la figuration à l’abstraction et son œuvre, prolifique, est multiforme, l’huile sur toile, l’aquarelle et le dessin pour la forme picturale, les papiers découpés, les vitraux et mosaïques, des costumes et décors de scène dans des rythmes chatoyants et lumineux.
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Alfred Manessier (1911-1993): après avoir reçu un enseignement très académique à Amiens, il est admis en section peinture à l’école des Beaux-arts de Paris en 1929 qu’il n’intégrera qu’en 1931 dans la section architecture. Néanmoins très attiré par la peinture, il s’exerce en copiant les maîtres du Louvre et en particulier Rembrandt qu’il admire particulièrement. En février 1934, il participe aux manifestations contre le fascisme, premier engagement suivis de nombreux autres notamment pendant l’Occupation allemande puis contre les guerres d’Algérie et du Vietnam, la misère des favellas, la violence infligée au noirs américains : ses toiles portent le nom d’Hommages ou de Passions. Manessier est un fervent croyant et l’art sacré forme une part essentielle de son œuvre. Il travaille le vitrail à partir de 1947 et crée en 1976 l’association pour la défense des vitraux de France avec Jean Bazaine. Il fait également partie du courant de la Nouvelle école de Paris. De nombreux prix internationaux couronnent son œuvre, vibrante, inspirée et que la forme en soit figurative ou abstraite, toujours proche de la nature.
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Jean Le Moal (1909-2007) : devenu peintre vers l’âge de 19 ans, il fait la connaissance de Manessier en copiant les œuvres du Louvre. Elève de Roger Bissière, du sculpteur Charles Malfray il affirme son goût très vif pour la couleur et durant l’Occupation allemande évolue vers la non-figuration. Les premières rétrospectives de son œuvre sont présentées en Italie et en Allemagne en 1961. Il travaille sur toile mais se consacre aussi au vitrail et reçoit de nombreuses commandes de peintures murales ou de décors de scène qui donnent à sa carrière un air de kaléidoscope.
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Lucio Fontana (1899-1968) : né en Argentine d’un père italien, formé à la sculpture, il vit essentiellement à Milan. De retour dans son pays natal pendant la Seconde Guerre mondiale, il définit le mouvement spatialiste qu’il diffuse dans ses manifestes dès 1947, quand il revient en Italie. Les œuvres y sont conçues en relation avec le monde environnant grâce à l’espace et la lumière. Ses toiles trouées coupées d’un coup de cutter en sont l’expression. Des Concetti spaziali (concepts spatiaux) aux Tagli (toiles fendues), il impose un style tridimensionnel qui caractérise son art dans les décennies suivantes. Son travail sur la matière et la lumière le conduit à créer sur de nouveaux supports, la sculpture et les néons. Le musée d’Art moderne de la Ville de Paris puis le musée Guggenheim de New-York lui consacrent les premières rétrospectives après sa mort (1970 et 1977).

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